L'élixir des âmes - Retour vers le passé : Chapitre 2

Chapitre 2

Caleb

L’âme sœur existe, j’en suis certain. Je pense que nous avons un point de vue très différent avec Alyna sur ce sujet, sa réflexion de ce soir le montre parfaitement. Malgré les apparences et mon comportement, je suis la personne qui croit en l’amour. On ne peut pas dire que j’en ai eu beaucoup dans ma vie pourtant…

La vie d’Alyna n’est pas toujours simple et je me surprends parfois à réfléchir à comment elle était quand nous étions encore à l’école. Est-ce qu’elle était aussi terre à terre et défaitiste concernant l’amour ?

Il faut dire que, à l’époque, on ne se côtoyait pas vraiment. Je ne savais même pas qu’elle aimait les potions. C’était le genre de fille tellement discrète. Après l’académie, nous avons eu le même maître de potions, en tout cas à certains moments, vu que j’ai beaucoup voyagé… De ce fait, nous avons développé certaines de nos compétences ensemble.

Je crois que c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à l’apprécier. Elle n’était plus l’adolescente que j’avais connue peu de temps avant ou que j’avais à peine remarquée, elle devenait la femme qu’elle est aujourd’hui.

Et quelle femme ! Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, a toujours un mot pour répondre même quand ça n’a absolument rien à voir et vaut mieux ne pas se la mettre à dos. À se demander comment je la supporte…

Je dis ça, mais en fait les choses sont bien différentes. Si elle était libre et pas aussi réticente à une relation avec un homme, j’aurais pu tenter ma chance. Non, je l’aurais définitivement tentée, si j’en avais eu l’occasion.

Je repose mon verre, peut-être un peu trop violemment, sur le bar et soupire. J’en ai marre de cette vie, de faire n’importe quoi, à enchaîner les femmes pour éviter d’être déçu et de penser à elle. À l’instar de ma collègue, mon travail est pour l’instant la chose la plus importante de ma vie. Au moins, je m’occupe.

Je tourne la tête, observant le monde autour de moi. Le bar de l’auberge du Serpent, où je vis, est toujours rempli à cette heure-ci. Quelques hommes de la garde picolent dans un coin éloigné, deux nains se disputent, voulant savoir qui a gagné la partie de fléchettes, leurs chopes menaçant fortement de se renverser.

Mes yeux s’arrêtent finalement sur une charmante brunette qui me fixe tout en sirotant je ne sais quelle boisson. Son regard lubrique me déshabille sans même une once de discrétion, ce serait un succube que ça ne m’étonnerait pas. Je soupire et m’approche d’elle, sachant pertinemment comment cette soirée va se terminer.

— Je peux vous aider, chère demoiselle ?

Elle glousse et boit lentement une gorgée puis me sourit.

— Peut-être bien. Tu as une chambre ici ?

Elle est directe. Je hoche juste la tête, l’envie de draguer n’est pas présente ce soir. Si elle veut quelque chose, elle devra l’obtenir comme une grande.

Elle se lève, ne prenant pas la peine de me dire son nom. Est-ce réellement important ? Sa main passe sur mon épaule avant de descendre le long de mon torse, d’un geste lent qui veut sûrement paraître séducteur.

— Et si on montait ? Que je te montre de quoi je suis capable.

Je ne réponds rien, souriant, et lui tends mon bras, qu’elle prend aussi vite.

Nous arrivons rapidement dans ma chambre qui est au premier étage, rudimentaire, mais suffisante pour ce que j’y fais. Elle me saute dessus à peine la porte fermée, m’embrassant goulûment. Je suis ses envies, me laissant faire, par habitude ou par ennui. C’est toujours la même chose. Elles m’embrassent, m’enlèvent ma chemise et mon pantalon, puis prennent ma queue en bouche. Après quoi, on passe par le lit, contre le mur, sur la petite table et je les fais jouir. Après quoi, elles partent sans demander leur reste.

Parfois, je me demande lequel utilise le plus l’autre.

Elle ne fait pas exception.

— Tu ne penses pas à moi, petit sorcier.

Son sourire s’élargit, son visage change en celui d’Alyna. Elle tourne autour de moi, ses phéromones se dispersent dans la pièce, faisant directement effet. Elle s’agenouille devant moi et prend mon sexe déjà raide en bouche. J’attrape ses cheveux, contrôlant ses mouvements et son rythme au gré de mes envies.

Malgré moi, je ferme les yeux, préférant m’imaginer la jolie bouche rose et pulpeuse d’Alyna sur ma bite. Je sais que je n’aurais qu’à la regarder, mais si Alyna devait faire cela un jour, je voudrais que ce soit vraiment elle, et non ce succube. Le plaisir monte en moi, je me retiens de dire le nom de ma collègue. Mes mains se serrent un peu plus autour de sa tête. Un dernier coup de reins suffit à ce que je finisse dans sa bouche. Je sens sa langue me lécher, récoltant la moindre goutte de sperme restante.

 

Je me retrouve rapidement seul dans ma chambre, à observer le plafond. Comme si je pouvais y voir quoi que ce soit qui pourrait m’aider à améliorer cette vie pitoyable que j’ai. Niveau professionnel, je n’ai pas à me plaindre, loin de là. Ma position est confortable, j’ai une bonne rentrée d’argent. Et pourtant, je vis à l’auberge du Serpent. Un établissement pas très bien fréquenté, qui ne me procure pas une certaine stabilité et qui permet juste d’avoir différentes conquêtes la même semaine.

Je pourrais avoir une maison, mais à quoi bon ? Y vivre seul, entasser mes grimoires, avoir un ou plusieurs chats et me retrouver comme le stéréotype de la sorcière solitaire perdue en pleine forêt ? Je suis trop jeune et ne veux pas tomber aussi bas. Ça ferait pitié pour un homme.

Parfois, je pense à partir ailleurs, changer d’air, de métier. Néanmoins, ce serait fuir, et je n’aime pas ça. Une chose est sûre, je ne rentrerais jamais dans mon village, cet endroit horrible.

Je ne sais pas si ma famille est encore vivante, s’il me reste quelqu’un sur cette terre ou si je suis définitivement le dernier Allister en vie.

Dire qu’avant notre nom était largement connu, avant que certains sorciers ne décident de s’isoler dans les terres enneigées au nord-est d’Eldésya. Sorciers dont ma famille fait partie d’ailleurs.

Beaucoup pensent qu’ils ont fait cela, car ils ne trouvaient pas leur place dans les autres royaumes. Je sais que la vraie raison est bien différente.

Nous avions des terres il y a de cela bien longtemps. Nous habitions tous sur le royaume de Kael’Thar, nommé comme cela en l’honneur du dieu de la magie pure. L’académie s’étendait sur plusieurs petites îles et terres principales, les connaissances étaient bien plus développées que ce qu’on nous enseigne maintenant. J’aurais apprécié voir les cours de potions en ce temps-là…

Les sorciers se mélangeaient rarement aux autres espèces à l’époque, ils étaient respectés et tellement utiles. Les richesses du royaume étaient plus que suffisantes, après tout nous fournissions en sorts et potions tous les habitants, allant du plus grand royaume au plus petit village.

C’était avant la destruction du monde par ce sorcier adepte de magie noire qui a failli nous exterminer. Et malgré le temps qui a passé, certaines personnes craignent encore qu’un nouveau sorcier pète une case et nous envoie tous six pieds sous terre. Enfin, s’il reste de la terre pour tous nous ensevelir. D’autres prient qu’un nouveau mage noir arrive et remette les sorciers à leur juste place : au-dessus de tous les autres.

De ce fait, certains se sont installés avec les humains, les oracles ou même les incubes et succubes, tandis que d’autres se sont isolés. Ils espèrent reprendre leurs terres un jour. Rendre vie à cet endroit qui était merveilleux autrefois.

En tout cas, c’est ce que racontent les histoires. Il faudrait sûrement réussir à entrer dans la bibliothèque des gardiens de mémoires pour en voir des peintures. Jusque-là, nous nous contenterons de notre imagination. De notre vécu… De mon vécu…

Certains se vantent d’avoir mis les pieds dans les ruines du palais ou de l’académie, mais je n’y crois pas. Tout le monde sait que l’air y est toxique et que plus aucune vie ne peut se développer là-bas.

Parfois, j’ai envie d’y aller, de voir si ce que l’on dit est vrai. Voir s’il resterait des grimoires, des anciens ingrédients, si l’on pourrait parfaire notre savoir avec ce qui se trouve sur ce royaume oublié.

Je repars explorer le plafond, mon esprit s’évadant à nouveau.

 

Je n’ai presque pas dormi, encore. Il faut vraiment que j’arrête de penser à ma vie, à Alyna et à tout ce que je n’aurais jamais juste avant de m’endormir. Mon cerveau cogite trop et je ne ferme les yeux que quelques heures.

Il faut que je refasse des potions de sommeil et les ramène chez moi. Au moins, l’avantage d’avoir notre laboratoire privatif, c’est qu’on est autorisés à faire autant de potions que nécessaire pour notre utilisation personnelle. Bon, il ne faut quand même pas exagérer, mais actuellement ça semble aller. Après tout, on ne nous a jamais fait de remarques sur cela.

Pour une fois, j’arrive avant ma charmante collègue. Je sors un petit chaudron, le place sur le feu et verse un fond d’eau.

Un peu de camomille, Sybil en ramène souvent à Alyna, depuis qu’on en met dans les potions, elles sont plus efficaces, écorce de tilleul concassée, poudre de fée – ce truc, c’est magique – et différentes fleurs, plantes et poudres. Je prépare le tout en mettant les quantités exactes, il faut mélanger un certain temps, chauffer à une certaine température et mettre les ingrédients dans l’ordre spécifique.

C’est comme cela qu’une petite heure plus tard, je découvre une jolie potion bleu clair au reflet doré.

Je remplis plusieurs fioles pour notre stock et m’en mets une demi-dizaine de côté dans ma sacoche. Au moins, je pourrai dormir cette nuit. Je sais qu’avec une fiole, je tiens deux ou trois jours.

C’est magique, on la prend et, à peine huit heures plus tard, on se réveille reposé et sans même s’être rendu compte qu’on s’est endormi.

Le soleil, dont les rayons traversent la vitre, m’indique qu’Alyna ne va pas tarder. Nous allons passer la journée à refaire notre stock de potions. D’ici la fin, nous pourrons enfin terminer celle qui permet de ralentir le temps, autant nous occuper en attendant.

Je suis un peu angoissé avec cette potion, c’est la première fois que nous prenons aussi longtemps à en réaliser une nouvelle. Et échouer aussi près du but, je ne sais pas du tout si nous aurons encore le courage de tout recommencer. Sans parler de toutes les ressources que nous avons déjà gâchées, dont certaines sont assez rares. C’est du pur gâchis, je n’apprécie vraiment pas ça…

 

La journée passe rapidement, nous n’avons presque pas discuté, comme toujours à vrai dire. Chacun s’occupant de ses tâches avant l’heure fatidique. Je continue à nettoyer les chaudrons et contenants que nous avons utilisés pendant la journée, jusqu’à ce que mon regard se pose sur elle, ne voulant plus la quitter.

Elle prépare les ingrédients, pèse méticuleusement la poudre d’œuf de dragon avant de poser le petit sac juste à côté du chaudron, mettant le reste en une fiole pour plus tard.

Elle est tellement concentrée, les lumières font des reflets plus clairs dans ses cheveux roux, marquant un peu plus chaque ondulation. Je peux sentir d’ici l’odeur de lavande qu’elle a. Soit elle a travaillé dessus quand je suis parti hier, soit elle en a profité pour réaliser une lotion, directement testée sur elle-même. Cette seconde option est bien plus plausible, la connaissant.

Je ne peux m’empêcher d’avoir le cœur qui s’emballe en la voyant, elle est si belle comme cela. J’ai l’envie folle de l’attraper, la retourner et l’embrasser passionnément. La serrer fort contre moi, sentir sa poitrine s’écraser contre mon torse. De toucher de mes mains et mes lèvres sa peau douce. De lui montrer qu’avec des sentiments, l’orgasme est bien meilleur. Je veux la faire crier jusqu’à ce qu’elle n’ait plus que mon nom à la bouche. Et capturer ses lèvres avec les miennes pour que jamais plus elle ne puisse dire le nom d’un autre homme. Je veux la posséder autant qu’elle me posséderait.

Elle tourne la tête vers moi, mettant fin à mes pensées. J’évite son regard, me plongeant à nouveau dans mon manuscrit, espérant qu’elle n’ait rien remarqué.

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