Prologue
— Non, mais t’es vraiment trop con, c’est pas possible !
Je tousse à m’en arracher les poumons. Mes bras fouettent l’air pour essayer de dissiper la fumée étouffante. Je ne sais pas si je dois d’abord reprendre mes esprits ou lui sauter dessus et l’étrangler de mes mains. Peut-être un peu des deux. Cette potion est foutue après des mois de travail. Tout ça par sa faute.
Je l’entends suffoquer à côté de moi et essaie de me rapprocher de lui, malgré mes paupières fermées. Je vais pouvoir me venger dès que nous serons en état. Il ne perd rien pour attendre !
Je me frotte les yeux, ça pique vraiment fort. Quelle quantité de poudre d’œuf de dragon pourrait faire cet effet-là ?!
J’ai l’habitude des petites éruptions de fumée, de potions volant à travers la pièce telle de la lave en fusion, ou encore que le contenu du chaudron soit tellement compact que nous soyons obligés de tout jeter. Jamais, depuis que je travaille avec lui, il n’avait réussi à me faire une bourde pareille !
J’avoue que je suis, parfois, un peu injuste avec lui. Nous avons la même formation et le même boulot, je ne vois pas pourquoi je pense toujours être meilleure que lui. Bon, peut-être, car il m’énerve à souvent être si sûr de lui et à finalement commettre des erreurs de débutant. Ou car il arrive souvent en retard… Ou encore…
— Qu’est-ce que t’as foutu, Caleb ?! Tu crois franchement que c’était le truc à foirer maintenant !
— Calme-toi, Alyna. Y a sûrement un moyen de… rectifier ça, dit-il en toussant quelques fois.
Je lui en foutrais des rectifications ! Je savais pertinemment que travailler à ses côtés serait compliqué.
Bon, ça suffit, Alyna, on se calme ! Je ne peux définitivement pas lui reprocher tout ce qui arrive de mal dans cette vie.
J’inspire profondément, soulagée de remarquer que je peux à nouveau respirer sans difficulté. J’entends soudain des voix autour de nous. Bon sang, le dosage devait être très puissant. Notre laboratoire n’est accessible que par nous, c’est une question de sécurité et de confidentialité aussi. PERSONNE ne peut rentrer.
J’ouvre les yeux et regarde devant moi, une bonne vingtaine de têtes nous observent attentivement.
— C’est quoi ce bordel ?!
Je ris nerveusement en me tournant vers Caleb.
Oh, mon Dieu…
Ses iris cyan me fixent. L’étonnement qui y est présent doit être aussi grand que le mien, enfin, je suppose. Son visage est tout lisse, comme s’il n’avait jamais été marqué par la vie. Il semble tellement… jeune.
Ma tête tourne légèrement et je me rattrape à son bras en me rendant compte de la situation : nous sommes dans le passé.
Comment est-ce possible ?!